Président et invités d'honneur


Je ne vais pas m’enfarger dans les fleurs du tapis pour dire que je suis heureux et fier de présider le Salon du livre de Québec. De toute façon, ce n’est pas dans mes manières d’agiter le petit doigt d’une main et de prendre des airs de chochotte pour exprimer une satisfaction retenue, modeste, étonnée, inquiète et subtilement intellectuelle. Je suis très content de passer quelques jours à Québec au milieu des écrivains et des livres. Voilà, c’est tout.

Et c’est formidable. Parce que je fête cette année le quarantième anniversaire des débuts d’Apostrophes et que l’émission, ici comme en France, avait ses nombreux abonnés, ses fidèles, je n’écrirai pas ses « fans » puisque, selon les dictionnaires québécois français, le fan est un ventilateur ou la hotte de la cuisinière, et que «fan» est de toute façon un anglicisme à proscrire.

J’ai fait plusieurs émissions au Canada, mais celle dont je garde le souvenir le plus vivace est le débat que j’avais enregistré à l’hôtel de ville de Québec. C’était en juin 1996. Les téléspectateurs français avaient adoré être attentifs, et par-là même participer, aux échanges courtois mais vifs et sincères entre écrivains et journalistes sur le thème «Le rêve américain contre le mythe français?»

Ce n’est cependant pas par nostalgie que j’irai à Québec, mais par conviction. Pour défendre le livre contre la multitude des écrans de toutes sortes qui sollicitent notre attention et dévorent notre temps. Pour encourager la lecture, ce vice délicieux, d’utilité privée et publique. Pour me retrouver dans l’amicale compagnie des écrivains, des éditeurs et des libraires.

Bernard Pivot





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