MOT DU PRÉSIDENT D’HONNEUR

Catégorie Programmation 2018
17 mars 2018, Commentaires 0

MOT DU PRÉSIDENT D’HONNEUR

Fêter la littérature, c’est fêter la fête!

Qu’y a-t-il dans une fête? Beaucoup d’individus différents -comme les multiples personnages que présentent les romans -, des êtres masqués, des êtres nus, des rencontres, des intrigues, des effleurements, de la sensualité, des étourdissements, l’oubli de soi, la joie ou le désespoir, la solitude accrue ou la solitude guérie, l’attendu, la surprise, la communion, l’exaltation.

Je suis très honoré que mes amis québécois me fassent président d’une fête. Non seulement j’aime la littérature québécoise, mais j’apprécie la façon dont les Québécois lisent : leur cœur vibre avec leur intelligence. Souvent, les Français se méfient de l’émotion et parcourent les livres comme des courtisans versaillais sous Louis XIV, avec leur seul esprit et une attention exagérée aux jugements des autres. Vous, vous n’avez pas ce genre d’inhibition, vous lisez comme des Russes, avec passion et clarté. En fait, vous êtes les Slaves de la francophonie.

Et vous me bouleversez par votre amour déclaré de la langue, un amour vigilant, modeste mais combatif, un bel amour composé de qualités contradictoires: la tradition et la rébellion. Avec cet amour, vous affirmez vos racines et vous produisez les ramures de l’avenir, en ne vous laissant pas polluer par les forces environnantes.

Les Français ont longtemps ignoré l’anglais parce qu’ils croyaient la France toute puissante. Aujourd’hui, certains Français abandonnent le français en pensant qu’on ne peut pas réussir dans ce patois régional; l’hexagone passe de l’indifférence à la trahison. Vous, vous avez toujours vu le français comme à la fois fort et fragile. Cela touche un écrivain comme moi, qui a consacré sa vie à cette langue. Merci.

Je vous attends donc pour faire la fête.

Eric-Emmanuel Schmitt

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